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2 avril 2020 -               logocolibri.jpg  est désolé de vous annoncer

l'annulation, due au Coronavirus, des activités prévues au planning; causeries, sorties et animations.

Pour nous aider à passer cette épreuve, vous êtes chaleureusement invités à nous transmettre par mail vos idées de loisirs, occupations, investigations, lectures permettant de mieux connaître et protéger cette Nature que nos activités humaines épargnent depuis plusieurs semaines et qui nous le rendra bientôt au centuple.
Envoyez vos suggestions, vos expériences à tpeluchon@cpnlecolibri.fr
Vos suggestions feront l'objet de notre prochaine Newsletter.
Nous espérons vous retrouver tous et toutes en pleine forme d'ici peu pour échanger de nouveau ensemble à nos causeries et sur le terrain .
A bientôt
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D'où vient le Covid-19 ?

 Derrière la pandémie, la crise écologique

Compilation réalisée par Jean Lavallez

Un nouveau virus qui apparaît en Chine, en contaminant des humains sur un marché d'animaux, puis qui se diffuse dans le pays avant de se répandre sur l'ensemble de la planète...A priori, le scénario de déclenchement et de diffusion de cette pandémie paraît simple.

Cependant, si l'on considère les choses plus largement dans le temps et dans l'espace, un faisceau de phénomènes, plus ou moins liés entre eux, pourrait bien avoir concouru à créer auparavant les conditions favorables à une telle situation, en facilitant le cheminement de ces microbes jusqu'au corps humain et leur adaptation à nos organismes.

L'essentiel de ces facteurs se rapportant aux relations entre les humains et la "nature", CPN Le Colibri se devait de proposer à ses adhérents et sympathisants, au-delà des urgences de l'actualité, une présentation synthétique des possibles causes environnementales de cette pandémie.

Après un rappel des faits et quelques repères historiques, nous verrons en effet que déforestation, urbanisation et industrialisation effrénées tiennent, dans cette brève analyse, une place de choix. Enfin, et pour positiver, seront énoncées quelques préconisations en vue de "redresser la barre".

Ne seront pas présentées ici les conditions de gestion de la crise au quotidien (confinement, gestes barrière, tests, vaccins, isolation des personnes testées positives...). D'autres éléments qui ont pu interférer aussi, en particulier d'ordre sociologique, idéologique ou politique, seront, pour quelques uns d'entre eux, seulement mentionnés in fine, sans être approfondis.

Ces quelques lignes sont, pour l'essentiel, une compilation élaborée très majoritairement à partir de trois articles (cités en dernière page), auxquels il a été fait de larges emprunts.

*          *          *

LES CONDITIONS DE LANCEMENT DE L'ÉPIDÉMIE

Si, au début de l'épidémie, certaines interrogations ont été entendues concernant son origine immédiate (transmission par des pangolins, nous dit-on, bien que cela reste encore à confirmer, et pour s'en tenir à cette seule famille d'hypothèses), il semble maintenant acquis que des humains sont bien à l'origine de cette pandémie : le marché aux animaux sauvages de Wuhan (en Chine) a été le lieu de contacts entre des animaux infectés par le Sars-CoV2 et des individus parmi ceux qui les ont capturés, transportés, vendus ou achetés.

Le pangolin (ou peut-être un autre animal, mais les termes de la problématique générale en seraient peu différents s'il s'agissait d'autres animaux comme, par exemple, serpents ou civettes, comme cela a pu être déterminé dans d'autres cas de pandémies au cours des vingt dernières années) aurait vraisemblable joué ici le rôle de vecteur intermédiaire entre, d'une part, la chauve-souris, réservoir naturel initial de ce virus, et, d'autre part, des humains. En effet, la chauve-souris ne peut transmettre directement ce virus à l'homme, virus qui doit s'adapter pour franchir la barrière des espèces.

PETIT RAPPEL HISTORIQUE  (1)

« Bien que ce phénomène de mutation des microbes animaux en agents pathogènes humains s'accélère, il n'est pas nouveau. Son apparition date de la révolution néolithique, quand l'être humain a commencé à détruire les habitats sauvages pour étendre les terre cultivées et à domestiquer les animaux pour en faire des bêtes de somme. En échange, les animaux nous ont offert quelques cadeaux empoisonnés : nous devons la rougeole et la tuberculose aux vaches, la coqueluche aux cochons, la grippe aux canards.

Le processus s'est poursuivi pendant l'expansion coloniale européenne. Deux exemples :

- Au Congo, les voies ferrées et les villes construites par les colons belges ont permis à un lentivirus hébergé par les macaques de la région de parfaire son adaptation au corps humain.

- Au Bengale, les Britanniques ont empiété sur l'immense zone humide des Sundarbans (delta du Gange) pour développer la riziculture, exposant les habitants aux bactéries aquatiques présentes dans ces eaux saumâtres.

 Les pandémies causées par ces intrusions coloniales restent d'actualité. Le lentivirus du macaque est devenu le VIH. La bactérie aquatique des Sundarbans, désormais connue sous le nom de choléra, a déjà provoqué sept pandémies à ce jour, l'épidémie la plus récente étant survenue en Haïti. » (1)

DE PLUS EN PLUS DE MALADIES TRANSMISES A L'HOMME PAR DES ANIMAUX (2)

Les maladies infectieuses émergentes (c'est-à-dire qui apparaissent pour la première fois ou réapparaissent alors quelles avaient disparu depuis longtemps) se sont multipliées depuis la seconde guerre mondiale (plus de 330 maladies apparues depuis 1940) et sont devenues un enjeu majeur de santé publique, mobilisant de plus en plus la communauté scientifique et médicale internationale.

Au sein de ces maladies émergentes, celles qui sont transmises à l'homme par des animaux (maladies dénommées "zoonoses") occupent une place prépondérante : 60 % selon un article de la revue Nature paru en 2008. Leur rythme d'émergence est 4 fois plus rapide qu'avant 1945.

Les maladies zoonotiques les plus connues sont le Sida, Ebola ou le Sras, mais ce ne sont pas les seules.

Parmi ces zoonoses, selon la même étude, 72 % étaient transmises à la suite de contacts plus ou moins directs avec des animaux sauvages normalement porteurs de pathogènes.

Examinons un à un quatre grands facteurs explicatifs en jeu dans cette évolution, sans perdre de vue qu' en fait ils sont également interdépendants et que, d'une façon générale, les perturbations des écosystèmes, qu'elles soient liées en particulier à des changements d'usage des sols ou aux conditions climatiques, tendent à modifier la distribution des organismes pathogènes et leurs hôtes.

I.  LA DESTRUCTION DES HABITATS (2)

La destruction des habitats constitue la première cause de perte de biodiversité terrestre, selon l'Ipbes (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques(3)).

Facteur principal de cette  destruction des habitats , la déforestation est un phénomène qui s'est accéléré depuis une vingtaine d'années, en particulier en Asie et en Afrique, souvent au détriment des forêts primaires, pour étendre les surfaces agricoles. Mais elle sévit aussi, quoi que dans un contexte totalement différent, en Amérique du Nord, du fait surtout, dans ce cas, de l'extension de l'urbanisation.

Elle peut être cause de l'extinction d'espèces animales et végétales. « Quant à celles qui survivent, elles n'ont d'autre choix que de se rabattre sur les portions d'habitat réduites que leur laissent les implantations humaines. »(2)

Selon Rodolphe Gozlan, directeur de recherches à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), "quand on déforeste, on ne fait pas juste abattre des arbres. On modifie un habitat dans lequel vivaient des animaux porteurs. Cette faune se redistribue dans des zones auxquelles l'homme va accéder beaucoup plus facilement, ce qui crée des fronts de contact beaucoup plus importants et qui va donc permettre de ramener vers les villes ces réservoirs viraux et bactériens" (2).

La destruction des habitats, surtout lorsqu'il s'agit de forêts primaires, constitue ainsi un facteur de dissémination des pathogènes.

« De nombreuses recherches établissent effectivement des liens entre la fragmentation et la destruction des forêts et la diffusion des maladies, zoonotiques ou non : maladie de Lyme en Amérique du Nord, leishmaniose au Costa Rica, paludisme dans les zones tropicales (les moustiques appréciant les espaces humides ouverts aux rayons du soleil)... « Il ne s'agit donc pas de protéger des forêts uniquement parce qu'il y a de beaux papillons, mais aussi parce qu'elles constituent des barrières sanitaires pour les populations », souligne Rodolphe Gozlan, qui écrit dans The Conversation : « Dans les îles de Sumatra, la migration des chauves-souris fruitières causée par la déforestation due aux incendies de forêt a conduit à l'émergence de la maladie de Nipah chez les éleveurs et les personnels des abattoirs en Malaisie » (2).

Autres exemples :

- Ebola : une étude menée en 2017 a révélé que les apparitions du virus, dont la source a été localisée chez diverses espèces de chauves-souris, sont plus fréquentes dans les zones d'Afrique centrale et de l'Ouest qui ont récemment subi des déforestations. Lorsqu'on abat leurs forêts, on contraint les chauves-souris à aller se percher sur les arbres de nos jardins et de nos fermes. Dès lors, si un humain vient à ingérer de la salive de chauve-souris en mordant dans un fruit qui en est couvert, ou en tentant de chasser et de tuer cette visiteuse importune, il s'expose aux microbes qui ont trouvé refuge dans ses tissus. C'est ainsi qu'une multitude de virus dont les chauves-souris sont porteuses, mais qui restent chez elles inoffensifs, parviennent à pénétrer des populations humaines. Outre Ebola, citons aussi les virus Nipah (notamment en Malaisie ou au Bangladesh) ou Marburg (singulièrement en Afrique de l'Est). Ce phénomène est qualifié de "passage de la barrière d'espèce".

- « La destruction des habitats agit également en modifiant, sur un même territoire, les effectifs de certaines espèces par rapport à d'autres, ce qui peut accroître le risque de propagation d'un agent pathogène. En effet, ces déséquilibres entre espèces peuvent s'effectuer au détriment d'espèces plus "efficaces" que d'autres dans la rétention ou l'élimination de pathogènes.

Deux exemples à cet égard :

            + La transmission, par les oiseaux migrateurs, du virus du Nil occidental :

En Amérique du Nord, les populations d'oiseaux ont chuté de plus de 25 % ces cinquante dernières années sous l'effet de la perte des habitats et d'autres destructions. Mais toutes les espèces ne sont pas touchées de la même façon : des oiseaux dits spécialistes (d'un habitat), comme les pics et les rallidés, qui sont de de piètres vecteurs du virus du Nil occidental, ont été frappés plus durement que des généralistes comme les rouges-gorges et les corbeaux, lesquels sont, eux, d'excellents vecteurs !.

            + les maladies véhiculées par les tiques :

En grignotant petit à petit les forêts du Nord-Est américain, le développement urbain chasse des animaux comme les opossums, qui contribuent à réguler les populations de tiques, tout en laissant prospérer des espèces bien moins efficaces sur ce plan, comme la souris à pattes blanches et le cerf. Résultat : les maladies transmises par les tiques se répandent plus facilement. Parmi elles, entre autre, la maladie de Lyme, qui a fait sa première apparition aux États-Unis en 1975. Au cours des vingt dernières années, sept nouveaux agents pathogènes portés par les tiques ont été identifiés. » (1)

 II. LES PRELEVEMENTS DE FAUNE SAUVAGE PAR LES HUMAINS (2)

Les prélèvements de faune sauvage constituent la deuxième cause de perte de biodiversité terrestre.

Selon Rodolphe Gozlan : « Dans les zones tropicales, la pression sur l'environnement est de plus en plus forte, de plus en plus régulière. Et les chasseurs ramènent des maladies non plus dans des villages (ou elles restaient plus facilement circonscrites autrefois) mais dans des villes dont la population a explosé, et qui sont de plus en plus en contact avec le reste d'un monde hyperconnecté ».

En outre, les systèmes immunitaires de beaucoup d'habitants de ces zones de contact sont souvent affaiblis, du fait de la pauvreté ou de la pollution de l'air (comme à Wuhan), ce qui facilite l'expression des pathogènes et donc leur transmission.

Deux types de motivations peuvent expliquer ces prélèvements de faune sauvage :

- soit la recherche de "fantaisies gastronomiques" ou des croyances en des vertus érotiques.

- soit les besoins alimentaires de base de populations autochtones toujours plus nombreuses : la "viande de brousse" constitue aussi une source de protéines contribuant à la sécurité alimentaire (particulièrement en Afrique, foyer également de nombreuses zoonoses).

 III. L'ELEVAGE

Les risques d'émergence de maladies ne sont pas accentués seulement par la perte des habitats, mais aussi par la façon dont on les remplace...

Au lieu des milieux naturels qu'il a détruits (une surface équivalente à celle du continent africain), l'homme installe très souvent des monocultures visant à nourrir des animaux d'élevage destinés à l'abattage.

- Certains de ces animaux se retrouvent dans les réseaux du commerce illégal ou sont vendues sur des marchés d'animaux vivants. Là, des espèces qui ne se seraient sans doute jamais croisées dans la nature se retrouvent encagées côte à côte, et les microbes peuvent allègrement passer de l'une à l'autre. Ce type de développement a déjà engendré en 2002-2003 le coronavirus responsable de l'épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Peut-être a-t-il joué aussi un rôle dans l'émergence du Covid-19.

- Mais la très grande majorité des animaux d'élevage sont intégrés dans notre système d'élevage industriel. Des centaines de milliers de bêtes entassées les unes sur les autres en attendant d'être conduites à l'abattoir, une hygiène et des contrôles parfois déficients, des animaux stressés, confinés, astreints à des régimes alimentaires simplifiés, dont les défenses immunitaires sont par conséquent affaiblies ou artificiellement dressées par l'usage massif d'antibiotiques qui, en retour, posent de redoutables problèmes de résistance des agresseurs.

Voilà des conditions idéales pour que les microbes se muent en agents pathogènes mortels. Par exemple, les virus de la grippe aviaire, hébergés par le gibier d'eau, font des ravages dans les fermes remplies de poulets en captivité, où ils mutent et deviennent plus virulents. L'une de leurs souches, le H5N1, est transmissible à l'homme et tue plus de la moitié des individus infectés. En 2014, en Amérique du Nord, il a fallu abattre des dizaines de millions de volailles pour enrayer la propagation d'une autre de ces souches.

  • Enfin, les montagnes de déjections produites par notre bétail offrent aux microbes d'origine animale d'autres occasions d'infecter les populations humaines : ces déchets étant en quantités très supérieures aux possibilités d'absorption par les terres agricoles sous forme d'engrais, ils finissent souvent par être stockés dans des fosses non étanches – un havre rêvé pour la bactérie Escherichia coli, qui, bien qu' inoffensive chez les animaux qui en sont porteurs, provoque chez les humains des diarrhées sanglantes, de la fièvre, et peut entraîner des insuffisances rénales aiguës. Il n'est pas rare que les déjections animales se déversent dans notre eau potable et nos aliments (90 000 Américains sont ainsi contaminés chaque année).

 IV. LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

- On sait que de nombreuses épidémies (malaria, fièvre de la vallée du Rift, dengue...) sont favorisées par des événements climatiques dont la fréquence pourrait croître avec le réchauffement global. Déjà, « l'augmentation des températures moyennes aurait eu un effet significatif sur l'incidence de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, causée par un virus transmis par les tiques, ainsi que sur la durabilité du virus Zika, transmis par les moustiques dans les régions subtropicales et tempérées », écrit encore Rodolphe Gozlan. Ainsi, avec l'élévation des températures et les modifications des précipitations, des pathologies pourraient s'étendre au-delà des zones tropicales (2).

- Par ailleurs, dans les zones septentrionales cette fois-ci, la fonte des sols gelés en permanence (dénommés "pergélisol" [en français] ou "permafrost" [en anglais]), outre qu'elle est susceptible de dégager de très grandes quantités de gaz carbonique dans l'atmosphère, pourrait libérer aussi des pathogènes disparus, dont l'anthrax (2).

 ALORS, QUE FAIRE ?

* Nota : ne seront abordées ici que les préconisations relevant du niveau des facteurs précitées (moyen et long terme), donc sans évoquer les mesures sanitaires prises à court terme par les gouvernements vis à vis des populations (confinement, gestes barrière, tests, vaccins, isolation des personnes testées positives...).

Les axes d'actions principaux :

1-  Protéger les habitats sauvages

2- Plus généralement, maintenir la biodiversité. En effet, la recherche a mis en évidence le rôle joué par la diversité des espèces pour freiner la transmission des pathogènes.

Exemple, la maladie de Lyme aux États-Unis, qui circule grâce aux tiques transportées par des souris : on en trouve beaucoup moins là où il existe d'autres animaux porteurs mais capables de s'en débarrasser, comme l'opossum de Virginie. Ou encore la bilharziose : « la transmission à l'homme de cette maladie parasitaire, qui affecte 200 000 personnes dans le monde, peut être largement réduite par la présence de certaines espèces d'escargots qui sont des hôtes pour ce parasite, mais qui sont très incompétents pour le transmettre », indique  Rodolphe Gozlan (2).

Une plus grande biodiversité favorise ainsi cet « effet de dilution » des pathogènes chez des hôtes qui n'infecteront pas l'homme.

3-  Surveiller étroitement les milieux dans lesquels les microbes des animaux sont le plus susceptibles de se muer en agents pathogènes humains, en tentant d'éliminer ceux qui montrent des velléités d'adaptation à notre organisme, et cela avant qu'ils ne déclenchent des épidémies.

C'est précisément ce à quoi s’attelaient depuis dix ans les chercheurs du programme Predict, financé par l'Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid). Ce programme a déjà permis d'identifier plus de neuf cents nouveaux virus liés à l'extension de l'empreinte humaine sur la planète, parmi lesquels des souches jusqu'alors inconnues de coronavirus comparables à celui du SRAS (1).

4-  Maintenir et développer des conditions de gouvernance adaptées, à l'échelon des nations et au niveau international (Organisation mondiale de la santé ...).

Il est vrai en effet que les conditions d'émergence des virus, leurs modalités de diffusion dans les populations tout autant que les choix de stratégies collectives de lutte contre les épidémies sont aussi des phénomènes sociaux, dans la mesure où ils sont intimement liés aux modes d'organisation des sociétés humaines et aux représentations collectives (cf. Bruno Latour).

Exemples :

- Le nécessaire maintien d'une capacité de recherche permanente non assujettie à des impératifs financiers de court terme

- Les modes de prises de décision collectives : ces modes peuvent être assujettis à une logique de verticalité (à partir d'un petit groupe de personnes : experts et décideurs), ou bien, au contraire, laisser une plus large place au débat.

- La capacité de nos sociétés à savoir relativiser ses systèmes de croyance (néolibéralisme en particulier, pour la période présente ; cette doctrine tend, en effet, à restreindre le rôle coordonnateur de l'Etat, retrait porteur de risques significatifs pour la collectivité, comme la crise sanitaire vient, à l'évidence, de le montrer).

L'actuel désir légitime des gouvernements de relancer rapidement les activités économiques afin de sortir du marasme engendré par cette crise sanitaire et les mesures de confinement qu'elle a suscitées ne doit pas s'accompagner d'un allègement des réglementations environnementales (en matière d'activités agricoles par exemple). En effet, il serait paradoxal d'utiliser, pour accélérer la sortie de crise, des moyens susceptibles de la relancer !

Prises respectivement en octobre 2019 et février 2020, les décisions du gouvernement américain d'arrêter le programme Predict et de réduire sa contribution au budget de l'OMS ne peuvent que ralentir les actions coordonnées de lutte contre ces pandémies.

5-  Mais tout ceci ne pourra se déployer réellement que si, globalement, nous continuons de faire évoluer, au quotidien, notre regard sur la nature, en développant, à l'échelon individuel et collectif, une conscience accrue des freins culturels et "biologiques" dont nos cerveaux sont, souvent à notre insu, encore porteurs à travers nos mécanismes cognitifs.

*          *          *

« Les émergences de virus sont inévitables, pas les épidémies » a déclaré l'épidémiologiste Larry Brilliant. Concluons avec lui que nous ne serons épargnés par ces dernières qu'à condition de mettre autant de détermination à changer de politique que nous en avons mis à perturber la nature et la vie animale...

Aurons-nous appris en effet que cette crise est fondamentalement une crise écologique globale ? Que c'est en protégeant la nature que nous nous protégeons nous-mêmes ? Et en tirerons-nous les conséquences, « toutes les conséquences » (2) ? ¡

*          *          *

Sources :

(1) "D'où viennent les coronavirus ? Contre les pandémies, l'écologie", article signé de Sonia Shah, Le Monde Diplomatique N° 792 – Mars 2020 pages 1 et 21.

(2) "Derrière l'épidémie, la crise écologique", article signé d'Antoine de Ravignan, Alternatives Economiques N° 400 – Avril 2020, pages 50 à 52.

(3) "Les maladies émergentes favorisées par la dégradation de la biodiversité", article signé de Perrine Mouterde, Le Monde - mercredi 8 avril 2020, page 20.

A noter que ces articles renvoient à de nombreuses autres sources d'information.

*          *          *

Autres notes :

(3) Ipbes = "Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques" (en anglais :  Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services  = IPBES)

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Publié le 02/08/2020 ~ 21:45  Haut

Vendredi 6 Mars 2020 : Causerie sur "Les reptiles du Pilat et d'ailleurs"

par Stéphane TARIN passionné d'herpétologie .

photo.JPGCe sont 37 personnes, dont 3 enfants, qui sont venues, salle des associations à Maclas, écouter Stéphane TARIN nous faire partager sa passion pour les reptiles, espèce redoutée par certains, mais tellement intéressante par son comportement et si importante pour le bon équilibre de la biodiversité.

Le premier reptile sur terre remonte à 315 millions d'année. Il ressemblait à un gros lézard de 2m de long. Il est à l'origine des dinosaures, des reptiles et des oiseaux.

Stéphane nous a tout d'abord présenté la biologie des reptiles, ces derniers regroupant les lézards, les serpents, les crocodiles et les tortues.

Quelques spécificités de cette espèce:

Certains lézards et tortues ne se nourrissent que de végétaux et fruits, d'autres sont insectivores, d'autres carnivores, se nourrissant de micro-mammifères ou de reptiles. Les plus gros reptiles comme l'anaconda peuvent manger un caïman; d'autres enfin ont une alimentation mixte (insectes et petits mammifères).

La majorité des reptiles est ovipare: les œufs restent dans l'humidité et la chaleur. On peut en trouver dans les composts, les tas de feuilles, les tas de fumier... mais certaines espèces sont vivipares.

Les reptiles grandissent tout au long de leur vie et effectuent régulièrement une mue (plusieurs mues au cours de la première année de leur vie); appelée "exuvie", cette ancienne peau devenue trop étroite part en lambeaux chez les lézards et en une seule pièce chez les serpents.

Leur durée de vie est très variable: en moyenne 4 à 5 ans pour le  lézard ocellé, 10 ans pour le lézard des murailles, 15 ans pour la couleuvre.

Les reptiles produisent peu ou pas de chaleur, la thermorégulation de leurs corps s'effectue soit en s'exposant directement au soleil, soit par contact avec une source de chaleur. Ils doivent ainsi s'adapter aux différentes saisons. L'hiver c'est l'"hivernage", période durant laquelle ils économisent leur énergie au maximum. A noter que leurs mécanismes de régulation corporelle sont si performants que ces animaux ne perdent pratiquement pas de poids durant cette période; à l'inverse, aux moments les plus chauds de l'été, ils peuvent être amenés à rechercher la fraîcheur; c'est l'"estivage".

La place des reptiles dans l'écosystème est importante puisqu'ils sont à la fois des prédateurs (mulots, insectes) et des proies (proies pour certains rapaces comme le Circaète Jean le Blanc, que l'on trouve dans le Pilat, mais aussi pour la mante religieuse ou les amphibiens, pour ces deux prédateurs leurs proies sont des juvéniles).

Stéphane nous a ensuite présenté dans le détail les différentes espèces que l'on trouve sur le territoire français et plus particulièrement dans le Pilat. Notre massif constituant la limite septentrionale pour certaines espèces méditerranéennes, on observe depuis quelques années que, du fait du réchauffement climatique, plusieurs espèces absentes jusqu'à présent commencent à s'y installer.

Faute de données récentes, Stéphane n'a pas pu être affirmatif sur certaines espèces, mais il semble que la couleuvre de Montpellier soit maintenant présente dans le Pilat.

Couleuvres, vipères et lézards sont des espèces bien présentes dans le Pilat: lézard des murailles (le plus commun en France), lézard vert occidental, lézard des souches, lézard ocellé, lézard vivipare, orvet (lézard qui autrefois portait des pattes), couleuvre verte et jaune, couleuvre d'Esculape, couleuvre à collier, couleuvre vipérine qui chasse dans l'eau, vipère aspic, vipère péliade ….

Notre conférencier a insisté sur la différence entre la vipère et la couleuvre, la vipère a un corps trapu et une queue courte. elle mesure entre 40 et 60 cm. La couleuvre a un corps long et une queue longue et fine; elle peut mesurer jusqu'à 1,50 m voire 2 mètres. Ces deux espèces se différencient également par la forme de leur tête mais aussi les écailles qu'elles portent sur leur corps.

La majorité des reptiles n'est pas dangereuse, beaucoup moins que ce qui est souvent rapporté. Bien sûr, la morsure de vipère peut être dangereuse, voire mortelle. La dangerosité d'une morsure est déterminée par l'état de santé de la personne affectée, mais aussi par la quantité de venin libérée par l'animal. A noter d'ailleurs que, lorsqu'elle mord, la vipère ne libère pas toujours son venin, car celui-ci est précieux pour elle lorsqu'elle chasse pour se nourrir, et elle cherche donc à l'économiser au maximum.

Les couleuvres peuvent mordre, mais leur morsure n'est pas dangereuse, même si parfois elles restent "agrippées" à leur proie. Seule la couleuvre de Montpellier est dangereuse.

Comme pour la plupart des espèces animales, plusieurs menaces pèsent sur les reptiles: la pollution, le changement climatique, l'introduction d'espèces exotiques, les destructions directes d'animaux, les prélèvements dans la nature.

Stéphane a terminé cette présentation claire et passionnante par plusieurs vidéos qu'il a réalisées lui-même dans le Pilat et qui ont réellement captivé les participants.

Un grand merci à Stéphane pour cette causerie qui a suscité des échanges riches et nombreux.

Publié le 04/03/2020 ~ 09:49  Haut